Ce que l’on ne vous a jamais dit sur Yarsa Gumba (དབྱར་རྩྭ་དགུན་འབུ་)
Le roi de la médecine tibétaine va-t-il enfin tuer le cancer ?
Sommaire :
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Carnet d’Exploration Botanique
#EthnoBotanique #EthnoPharmacologie #EthnoMédecine
Par Thibaut Vernier
21 mars 2025
Chère amie, cher ami,
Après des semaines d’exploration des remèdes oubliés de la médecine tibétaine, une évidence s’est imposée à moi.
Un secret trop longtemps enseveli sous la neige des hauts plateaux.
Un parasite redoutable, à la fois assassin et guérisseur, dont le potentiel dépasse tout ce que nous avions imaginé jusqu’ici.
L’ignorer aurait été une faute.
Ne pas vous en parler, un crime.
Son nom ? Le Cordyceps sinensis.
Imaginez un organisme qui s’immisce dans le corps d’une malheureuse chenille, la vampirise lentement, et finit par faire éclore cette excroissance fongique.
(Là où, jadis, la chenille, elle, rêvait de devenir un papillon…)

Autrefois, seuls les empereurs chinois et le Dalaï Lama pouvaient le consommer.
Surnommé le « trésor tibétain », il est devenu célèbre dans les années 1990 comme un produit dopant légal, consommé par de nombreux athlètes chinois en raison de ses propriétés énergisantes.
Portée par sa réputation, la demande mondiale explose, le plaçant parmi les champignons les plus chers au monde…
Rien que pour vous faire une idée, un article du Los Angeles Times de 2008 raconte l’histoire d’un nomade tibétain qui gagnait jusqu’à mille dollars par semaine en cueillant ce champignon.
Car oui, cet « or brun » est réputé pour transformer l’organisme en une machine infatigable, boostant l’énergie, la longévité et… l’ardeur.
Mais aujourd’hui, la science s’intéresse à son cousin cultivé en laboratoire,
Le Cordyceps militaris, qui pourrait bien ouvrir la voie à une révolution médicale sans précédent contre le cancer…
Quand le yak redouble d’ardeur, le berger s’interroge
Tout commença avec une observation de terrain :
La légende raconte que des bergers observaient leurs yaks adopter un comportement inhabituel après avoir brouté un champignon étrange.
Les bêtes, autrefois fatiguées par l’âpreté du climat, se montraient plus vigoureuses, plus résistantes.
Intrigués, les bergers décidèrent de donner ce mystérieux champignon à leur bétail pour accroître la production de lait et renforcer leur fertilité.
Curieux et sans doute un brin envieux, les bergers décidèrent d’y goûter à leur tour.
Le verdict : une vigueur nouvelle, une endurance accrue, une énergie insoupçonnée.
Ainsi naquit la réputation du Cordyceps sinensis, bientôt érigé en élixir de longévité, amplificateur de l’énergie vitale (le Qi) et catalyseur de la vigueur sexuelle…
L’infâme stratégie d’Ophiocordyceps sinensis
Le Cordyceps sinensis n’est pas un simple champignon.
Connu en Chine sous le nom « insecte d’hiver, herbe d’été », c’est un parasite aux méthodes aussi radicales qu’extraordinaires.
Tout commence pendant les trois mois de l’été, là où ses spores entrent en contact avec une larve de papillon de nuit de la famille des Hepialidae.
Une rencontre fatale.
À l’approche de l’hiver, les larves infectées s’enfouissent dans le sol pour hiberner.

Pendant cette période hivernale, le champignon s’insinue dans l’organisme de son hôte, le colonise et finit par le vider de ses ressources vitales.
Mais le Cordyceps ne se contente pas d’éliminer son hôte.
Dès l’arrivée du printemps qui coïncide avec la fonte des neiges, il oblige la chenille à remonter à la surface juste avant sa mort.
(Un suicide assisté par un champignon, en somme.)
Une fois la chenille entièrement consumée, un corps allongé, sombre et rigide, semblable à un doigt noirci, émerge du sol.
Ce « stroma » porteur de spores qui peut atteindre 4 cm, attend patiemment d’être dispersé par le vent, prêt à recommencer son cycle la saison suivante sur une nouvelle larve.
Voilà donc l’infâme stratégie du Cordyceps sinensis.
Pourtant, derrière ce mode de développement peu reluisant, ce parasite cache l’un des remèdes les plus prisés de la médecine chinoise et tibétaine.
Le secret oublié de Yarsa Gumba (དབྱར་རྩྭ་དགུན་འབུ་)
Dans la médecine tibétaine, le Cordyceps sinensis – connu localement sous le nom de « Yarsa Gumba » – est utilisé depuis des siècles comme tonique revitalisant.
Il est même considéré comme le roi de la médecine.
Les guérisseurs tibétains l’utilisent dans de nombreux remèdes :
- Troubles digestifs et rénaux : Il soutient le feu digestif, réchauffe et nourrit les reins, et renforce leur fonction.
- Revitalisant : Il apporte de l’énergie aux personnes faibles, âgées et convalescentes, améliore la santé des cheveux et de la peau, soutient l’énergie sexuelle et les organes reproducteurs, et optimise l’endurance, la libido et le sommeil.
- Affections pulmonaires et respiratoires : Il réchauffe les poumons, fluidifie et favorise l’élimination du mucus, agit sur les bronchites, l’asthme et les toux persistantes avec expectorations difficiles.
- Fonctions cérébrales et équilibre mental : Il stimule la mémoire, réduit le brouillard cérébral, apaise la confusion mentale et la tension nerveuse chronique, soutient la concentration, l’intelligence et l’apprentissage, maintient la clarté mentale et réduit le stress.
De plus, selon des études menées dans la région nord du Sikkim, la communauté Bhutia consomme souvent le Cordyceps en poudre, mélangé à du lait ou à du chang – l’alcool traditionnel tibétain –, en tant que tonique qui est bu matin et soir.
Enfin, le Cordyceps sinensis est aussi utilisé contre le cancer mélangé à des feuilles de taxus et à une décoction de racine de ginseng.

La Cordycépine, une arme contre le cancer
Le Cordyceps ne se contente pas de redonner de l’énergie :
En effet, des chercheurs ont découvert qu’il contient une substance appelée cordycépine, qui semble agir comme un saboteur au sein des cellules cancéreuses, perturbant leur fonctionnement et ralentissant leur croissance.
Mais ce n’est que très récemment, en février 2025, qu’une équipe de l’Université de Nottingham s’est attelée à décrypter le mécanisme d’action de cette molécule.
L’expérience s’est déroulée en plusieurs phases.
D’abord, les scientifiques ont cultivé des cellules cancéreuses humaines dans un environnement de laboratoire rigoureusement contrôlé.
Puis, ils ont introduit la cordycépine et, grâce à des techniques d’imagerie et de biochimie avancées, ils ont pu observer, presque en direct, la manière dont cette molécule interagissait avec les cellules.
Ils ont constaté que dès son introduction, la cordycépine se transformait rapidement en une autre molécule, la cordycépine triphosphate, qui présente une étrange ressemblance avec l’ATP, la monnaie énergétique universelle des cellules.
C’est précisément cette similarité qui lui permet d’infiltrer les processus métaboliques et d’interférer avec la production et le transport de l’ARN messager.
Ce détail est d’une importance capitale, car l’ARN messager est essentiel à la fabrication des protéines dont la cellule a besoin pour croître et se multiplier.
Les chercheurs ont découvert que la cordycépine bloquait deux voies de signalisation fondamentales utilisées par les cellules cancéreuses pour proliférer.
Privées de ces signaux vitaux, elles entrent dans un état de stress, leur croissance ralentit, et leur capacité à former des tumeurs s’en trouve grandement entravée.
Mieux encore, cet effet semble agir avec une précision chirurgicale, n’affectant que les cellules malignes tout en préservant les tissus sains.
Mais une embûche subsiste :
Prolongez la durée de vie de la cordycépine dans le sang, et vous tuez le cancer !
Lorsque la cordycépine est administrée dans l’organisme humain, elle est très rapidement dégradée par une enzyme, l’adénosine désaminase (ADA), avant même d’avoir pu atteindre sa cible.
Ce problème a constitué un véritable casse-tête pour les chercheurs, jusqu’à ce qu’une solution émerge :
En modifiant chimiquement la molécule, ils ont développé une version optimisée, capable de contourner cette barrière enzymatique.
C’est ainsi qu’est née la molécule NUC-7738, une version renforcée de la cordycépine, conçue pour être plus stable et plus efficace.
Développée en 2021 par des chercheurs de l’Université d’Oxford, cette innovation utilise la technologie des ProTides pour protéger la molécule pendant son transport dans l’organisme et optimiser son absorption par les cellules.
(Une forme d’encapsulation en soi !)
Ce concept, déjà employé avec succès dans certains traitements antiviraux, pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle approche thérapeutique contre le cancer.
Militaris : jusqu’à 90 fois plus de cordycépine !
Si le Cordyceps sinensis demeure une ressource précieuse, son cousin Cordyceps militaris pourrait bien être l’avenir de la recherche médicale.
Contrairement à son homologue sauvage, ce dernier peut être cultivé en laboratoire, garantissant un approvisionnement stable et durable.

Mais son principal atout réside ailleurs :
Une étude publiée dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry en 2008 a confirmé que non seulement le Cordyceps militaris contient plus de cordycépine que le Cordyceps sinensis sauvage, mais qu’il en contient jusqu’à 90 fois plus.
Une concentration vertigineuse qui le place au centre des préoccupations des scientifiques et des médecins.
Grâce à cette richesse biochimique, le militaris devient un candidat idéal pour la production de traitements à grande échelle, tout en préservant les écosystèmes fragiles des hauts plateaux tibétains.
Ainsi, ce qui était autrefois l’apanage des empereurs et des moines tibétains pourrait bientôt devenir une solution médicale révolutionnaire dans la lutte contre le cancer.
Affaire à suivre !
La meilleure innovation est celle que l’on a oubliée
Dans tous les cas, un point me chagrine dans cette affaire…
Et il s’agit là d’une perspective qui n’a jamais été explorée :
Plutôt que de chercher à breveter des procédés d’encapsulation sophistiqués pour prolonger la durée de vie de la cordycépine dans le sang…
Ne serait-il pas plus simple d’agir à la source, en désactivant temporairement l’adénosine désaminase (ADA), l’enzyme qui dégrade la cordycépine presque aussitôt après son absorption ?
Au cours de mes recherches, j’ai constaté un fait troublant :
Dans certaines pharmacopées traditionnelles, le Cordyceps est administré contre le cancer avec une décoction de feuilles de Taxus et de racine de ginseng.
Or, des études récentes suggèrent que les feuilles de Taxus pourraient justement inhiber l’ADA et ralentir la dégradation de la cordycépine.
Coïncidence ? Ou bien une connaissance ancestrale oubliée qui ressurgit sous les feux de la science moderne ?
Les chercheurs cherchent à encapsuler, stabiliser, breveter…
Mais les peuples anciens auraient-ils déjà trouvé, il y a des siècles, la solution la plus naturelle et efficace ?
Quand on sait que l’if (Taxus) a offert à la médecine moderne l’un des plus puissants anticancéreux (le taxol)… il y a de quoi se poser des questions.
Parfois, la meilleure innovation est celle que l’on a oubliée !!
Pour mes lectrices et lecteurs qui auraient encore des questions, je peux vous renseigner, à condition que vous en fassiez la demande en commentaires en bas de cette page.
Portez-vous bien,
Thibaut Vernier
Ingénieur, Ethnobotaniste,
Rédacteur de la lettre des Médecines Sacrées

P.S. Je rappelle tout de même que les feuilles de Taxus contiennent des composés toxiques.
Si les anciens semblaient en maîtriser le dosage, leur usage sans encadrement médical est strictement prohibé aux non-initiés.
Toutefois, après quelques recherches, j’ai découvert qu’il existe une alternative naturelle bien plus accessible et sûre pour ralentir la dégradation de la cordycépine dans le sang : la curcumine.
Des études récentes montrent que la curcumine inhibe fortement l’ADA (jusqu’à 88 % d’activité en moins), ce qui pourrait prolonger l’action anticancéreuse de la cordycépine sans recourir à des substances toxiques.
Ainsi, une association de Cordyceps militaris et de curcumine (idéalement avec un peu de pipérine pour en améliorer l’absorption) pourrait être une alternative efficace aux stratégies pharmacologiques lourdes, tout en restant dans l’esprit des remèdes naturels utilisés depuis des siècles.
Une alliance oubliée que la science redécouvre enfin ?
P.P.S. Votre avis compte énormément pour moi ! Avez-vous trouvé cet article enrichissant ? Partagez vos impressions en commentaire en bas de cette page.
Sources :
[1] https://mederinutricion.com/en/cordyceps-the-tibetan-treasure-with-medicinal-properties/
[2] https://www.latimes.com/world/asia/la-fg-worm27-2008jun27-story.html
[3] Panda AK, Swain KC. Traditional uses and medicinal potential of Cordyceps sinensis of Sikkim. J Ayurveda Integr Med. 2011;2(1):9-13.
[4] Panda AK, Swain KC. Traditional uses and medicinal potential of Cordyceps sinensis of Sikkim. J Ayurveda Integr Med. 2011;2(1):9-13.
[5] https://daknang.com/products/himalayan-wild-cordyceps-sinensis?_pos=1&_sid=b5de1bcb6&_ss=r
[6] Panda AK, Swain KC. Traditional uses and medicinal potential of Cordyceps sinensis of Sikkim. J Ayurveda Integr Med. 2011;2(1):9-13.
[7] Panda AK, Swain KC. Traditional uses and medicinal potential of Cordyceps sinensis of Sikkim. J Ayurveda Integr Med. 2011;2(1):9-13.
[8] https://mederinutricion.com/en/cordyceps-the-tibetan-treasure-with-medicinal-properties/
[9] Lawrence, S., Lin, J., Khurshid, A., Utami, W., Singhania, R., Ashraf, S., Thorn, G.J., Mangangcha, I.R., Spriggs, K., Kim, D.-H., Barrett, D. and de Moor, C.H. (2025), Cordycepin generally inhibits growth factor signal transduction in a systems pharmacology study. FEBS Lett, 599: 415-435. https://doi.org/10.1002/1873-3468.15046
[10] Schwenzer H, De Zan E, Elshani M, et al. “The novel nucleoside analogue ProTide NUC-7738 overcomes cancer resistance mechanisms in vitro and in a first-in-human Phase 1 clinical trial” [published online ahead of print, 2021 Sep 8]. Clin Cancer Res. 2021;clincanres.1652.2021. doi:10.1158/1078-0432.CCR-21-1652
[11] Yuan, JP, Zhao, SY, Wang, JH, Kuang, HC, Liu, X., Uan, JIANINGY, … Iu, XINL (2008). Distribution des nucléosides et des nucléobases dans les champignons comestibles. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 56(3), 809–815.
[12] Durak ZE, Büber S, Devrim E, Kocaoğlu H, Durak I. Aqueous extract from taxus baccata inhibits adenosine deaminase activity significantly in cancerous and noncancerous human gastric and colon tissues. Pharmacogn Mag. 2014;10(Suppl 2):S214-S216. doi:10.4103/0973-1296.133232
[13] Radhi M, Ashraf S, Lawrence S, et al. A Systematic Review of the Biological Effects of Cordycepin. Molecules. 2021;26(19):5886. Published 2021 Sep 28. doi:10.3390/molecules26195886
[14] Turk A, Lee S, Yeon SW, Ryu SH, Han YK, Kim YJ, Ko SM, Kim BS, Hwang BY, Lee KY, et al. Adenosine Deaminase Inhibitory Activity of Medicinal Plants: Boost the Production of Cordycepin in Cordyceps militaris. Antioxidants. 2023; 12(6):1260. https://doi.org/10.3390/antiox12061260